Notes de Philippe Martinot sur

l'histoire de Donzenac et de ses seigneurs

"Bien qu'on ignore les origines de Donzenac, on peut supposer que la ville se développa autour du domaine d'un grand propiétaire de l'époque romaine franque qui lui aurait donné son nom.

La ville existait en tout cas au X° siècle puisqu'on y trouve la trace pour la première fois avec un acte transcrit dans le cartulaire de l'Abbaye de TULLE datant de 924, alors que régnait Raoul de Bourgogne, un demi-siècle avant Hugues Capet.

D'autres actes des X° et XI° siècles du cartulaire de Tulle ou de celui de Vigeois mentionnent les villages du Cloup, de Genouillac, de Mazières ou de La Corse où se trouvait semble-t-il une église à St Laurent.

Aux X°, XI°, XII° siècles dans ce qui forme aujourd'hui l'arrondissement de Brive les luttes féodales mettent aux prises les vicomtes de Turrenne et de Comborn et une maison aux origines obscures : les Malemort. Au XII° siècle ceux-ci contrôlent un territoire riche et étendu comprenant la paroisse de Malemort, la ville de Brive en partie, celle de Donzenac, les châteaux et chatelleries d'Ussac, du Vergy, de St Hilaire (Peyroux), de Cornil, de Cousages, de Chameyrat et St Antoine les Plantades.

Au début du XIII° siècle, le baron Gilbert de Malemort qui a quatre fils, opère le partage de ses biens entre eux. Tous auront une part indivise du château de Malemort et l'un d'eux, Gérald, nous intéresse plus spécialement puisqu'il reçoit Donzenac. Il s'intitulera baron de Donzenac et en partie de Malemort, comme après lui tous les seigneur de Donzenac jusqu'en 1789.

Vers 1240 le roi St Louis qui s'efforce de faire reconnaître pacifiquement sa suzeraineté sur les régions  disputées par la monarchie anglaise, fait du seigneur de Donzenac, Gérald, son sénéchal pour le Bas-Limousin. Ameyric, fils de Gérald, sera également sénéchal en 1254.

En 1244, le même Saint Louis, qui se rend à Rocamadour avec sa mère Blanche de Castille et ses frères Robert, comte d'Artois, et Alphonse, comte de Poitiers, passe à Donzenac.

En 1259 le Traité de Paris règle provisoirement le conflit franco-anglais et tandis que la souveraineté du roi de France est reconnue sur la Normandie, l'Anjou, le Maine et le Poitou, le Limousin est remis aux Plantagenets. Donzenac passe alors sous domination anglaise.

C'est du XIII° ou du XII° siècle que date la construction de l'église paroissiale, de laquelle il ne reste aujourd'hui que le clocher. L'église actuelle a été reconstruite au XIX° siècle sur le plan de la cathédrale de Tulle. l'édifice originel était plus considérable et sa forme était celle classique d'une croix.

Au XIII° siècle encore des disciples de Saint François d'Assise fondent le monastère des Cordeliers. Cet établissement religieux connaîtra d'emblée un certain rayonnement et plusieurs barons de Malemort ou vicomtes de Comborn y éliront sépulture.

En 1290, la deuxième héritière du nom des Malemort, Galienne, épouse Ebles, seigneur de Boussac, fils cadet d'Ebles VII vicomte de Ventadour.

Au début de la Guerre de Cent Ans, après le désastre de Crécy (1346) et la prise de Calais l'année suivante une trêve est conclue pendant laquelle les chefs de guerre désoeuvrés se livrent à différentes exactions dans le pays.

Les exploits de l'un de ces capitaines nous sont rapportés par Froissart en ces termes:

- 'Il i eut un brigant pillar, et croi que il fu alemans, qui trop fort resgna en Limosin et en la Langue d'Oc, lequel on nommoit Bacon. Chils avait aultres brigans dessous lui, et le tenoient a mestre et a capitaine, pourtant que il estoit le piour de tous les aultres et li plus outrageus, et bien les paioit de mois en mois, et fu trop malement apers et soubtiens a embler et esquiler ville et fortereces. Et cevauçoient tels fois estoit, ils et ses compagnons, vint ou trente lieues de nuit par voies couvertes, et venoient sus le point de un ajournement, la ou il voloient estre, et esquelloient le lieu ou il avoient jeté et asis leur visée; et quant ils estoient dedans une ville, ils boutoient le feu en V ou en VI maisons. les gens de celi ville estoient esbahi et gerpisoient tout et s'enfuioient. Et chil pillart ronpoient cofres et escrins et prendoient ce que le bon il trouvoient dedens, et aussi des plus rices honmes a prisonniers, et les rançonnoient. Et vendoient les villes que pris avoient as honmes dou pais et a ceuls meisures lesquels boutés hors il en avoient, et en prendoient grant argent, selonch ce que il se pooient composer. Et par tels cas asamblerent chil pillart trop malement grand finance. Et prist chils Bacons la ville de Donzenach en Limosin et le pilla toute, et encores le vendi ils en deniers apparilliés, quant il s'en departi, diis mille esqus.

Après, chils Bacons et ses gens prisent la ville et chastiel de Comborn et le viscomte et la contesse et lors enfants dedens, et les rançonna a XXIIII M. esqus et retint le chastiel et trouva cantelle et action de guerriier le pais, pour tant que chil viscontes de Comborn s'estoit armés pour la contesse de Montfort, car chils Bacons estoit de la partie a la femme mesire Carle de Blois. En ka fin il vendi le chastiel au roi de France, et en ot en deniers (V°) tous apparilliés XXIIII (mille) esqus, mais on les fist paiier le plat pais. Et fist chils viscontes de Combourne sa paix au roi de France. Et li rois volt avoir ce Bacon dalès li, et fu uisiers d'armes dou roi et bien en la grace dou roi Phelipe et dou roi Jehan, et tousjours bien montés de coursiers, de roncins et de hagenees; et avait assés grant finance d'or et d'argent, et demora en bon estat tant que il vesqui'-

Cette histoire, où vient se mêler la dispute qui opposait Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de Blois, à Jean de Montfort, pour le duché de Bretagne, témoigne de la curiosité d'une guerre dont les multiples épisodes sont souvent mal connus.

En 1356, la chevalerie française est à nouveau décimée à Poitiers où le seigneur de Donzenac périt, le roi Jean le Bon y est fait prisonnier.

La lutte se fait alors plus vive que jamais pour le Limousin et les seigneurs ici et là sont sollicités par les deux parties. le roi d'Angleterre correspond avec celui de Donzenac depuis Westminster, ce qui paraît indiquer qu'il a reconnu son autorité. Pourtant à la Pâque 1372 c'est pour le parti capétien qu'il opte définitivement. Il reconnaît la suzeraineté du roi de France et Charles V confirme les privilèges de Donzenac.

Voici le texte de l'ordonnance royale:

'Charles par la grace de Dieu Roy de france Savoir faisons à tous presens et avenir, que Nous considerons que nostre amé et feal Cirart de Ventadour, Chevalier, Sire (de) Donzenac en Nous recongnoissant son souverain et droiturier Seigneur, et que à Nous appartiennent les drois de Souveraineté et ressort du Duchée de Guienne, a mis sa ville de Donzenac, et ses autres lieux et subgiez quelconques en nostre obéissance, et Nous a promis et juré à servir de lui et de ses subgiez contre tout homme qui puet vivre et mourir. En faveur de ce et de ses autres bons et agreables services qu'il Nous a fais et esperons qu'il Nous face, tous les privilegers, Libertés, franchises qui par nos predecesseurs Roy de France, Dux de Guienne, ou autres Seigneurs quelconques, ont esté pour le temps passé donnez et octroiez; et des quelz il pourra justement apparoitre audit Sire de Donzenac, à ses diz subjes, et à leurs predecesseurs, et dont ilz ont communement usé de nostre pleine puissance et autorité royal, certaine science et grace especial, louons, greons, ratifions, approuvons, et par la teneur de ces presentes confermons; et voulons et leur octroyons, que en faisant foy et monstrent leurs dis privileges, ilz soient inserez et ecrips de mot à mot, et confermés par nos autres Lettres, se mestier leur est, toutes fois qu'ils Nous en requereront. Si donnons en Mandement au Senechal de Limozin, et à tous nos autres Justiciers et Offiviers, present et avenir, et à chacun d'eulx ou à leurs Lieutenans, que ledit Sire de Donzenac et ses dis subgiez, et chascun d'eulx, laissant jouîr et user paisiblement de leurs diz privileges, Libertez et franchises dont ilz ont d'ancien temps usé, comme dit est, et desquelx il apparra, sanz les empescher, ne souffrir est re empeshchez, ne molestez en aucune maniere au contraire. Et que ce soit ferme chose et estable à toujours, Nous avons fait mettre nostre scel à ces presentes. Sauf en autres choses nostres droit, et l'autrui en toutes. Donné à Paris, l'an de grâce mil trois cens soixante et douze, et de nostre Regne le IX ou mois d'Avril, après Pasques'.

Par cet acte, le roi associe la population au serment de fidélité prêté par son Seigneur et tisse des liens directs avec elle en s'instituant protecteur de ses libertés.

Sur le contenu des privilèges confirmés, il n'est possible que de faire des suppositions. En général, les droits reconnus aux habitants, dans le cas des villes comme Donzenac, concernent les "impôts" qui sont règlementés, le service de défense qui est limité, la justice qui est organisée... Mais il reste des droits individuels, car les villes dites "de franchise" n'ont pas de personnalité propre; il n'y a jamais eu ici de consuls comme on en connaît à Brive par exemple. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs il n'y avait pas à Donzenac de sceau ni d'armoiries. La ville est représentée par son seigneur. Les habitants peuvent tout au plus désigner un procureur, dans certaines circonstances, qui va parler en leur nom individuel à chacun d'eux et n'engagera que ceux qui l'ont désigné.

Quand on parle du Seigneur de Donzenac, il s'agit naturellement du baron qui, à l'origine, est comme un chef d'état, sur son territoire, même s'il a reconnu la suzeraineté d'un plus puissant que lui. C'est ainsi qu'à l'époque féodale, le baron est investi des responsabilités relatives à la défense ou encore à la justice et perçoit des impôts, les tailles, ou divers droits comme celui qui frappe la cuisson du pain au four seigneurial.

Au XIV° siècle, la justice est pour le baron plus une source de revenus qu'une obligation. Elle est rendue par un juge qui le représente, de même que la défense en est assurée par un capitaine désigné par lui ou encore les tailles perçues par ses mandataires. Le baron en effet ne réside pas dans sa baronie qui n'est plus qu'une seigneurie parmi d'autres composant son patrimoine. Et cela sera de plus en plus vrai puisque, à partir du XIV° siècle, les possesseurs de Donzenac seront toujours des personnages très puissants.

Cependant il y a d'autres seigneurs sur le territoire de la baronnie que le baron lui-même. Il y a en effet de petits seigneurs fonciers qui ont un domaine de dimension restreinte sur lequel ils exercent certains droits: par exemple celui de percevoir les redevances que le paysan doit payer chaque année ( cens ) ou chaque fois qu'il achète ou hérite une terre ( lods et ventes ).

Ces domaines ont été à l'origine concédés par le baron à ses hommes d'armes dont il voulait assurer l'entretien. Par la suite les fiefs de ces vasseaux sont passés de main en main et au XVIII siècle on verra des bourgeois en acquérir sans pour autant servir ni dans l'armée seigneuriale qui n'existe plus, ni même dans l'armée royale.

A Donzenac, les fiefs connus sont ceux de Lavaux, d'Espeyrut, du Vert ( Mazières ) de la Philippie ( Sials ), de Bourjolles. Quant au baron, il s'est lui-même réservé un domaine sur lequel pèsent les mêmes charges. Enfin certaines terres relèvent de seigneurs ecclésiastiques : par exemple l'abbé d'Obazine ou le Grand Prieur d'Auvergne, et quelques autres sont tout à fait libres échappant à toute la seigneurie.

De plus, il faut compter avec toutes les rentes que les terres doivent à tel ou tel particulier qui à prêté de l'argent à leur propriétaire, ou encore les obits qui sont des rentes assignées sur des terres pour l'entretien des clercs chargés de dire perpétuellement des messes pour le repos de l'âme de personnes mortes quelquefois plusieurs siècles auparavant. On en arrive à un tel nombre de messes et à des rentes tellement dérisoires avec l'inflation qu'il faut les convertir avec l'autrisation de l'évêque.

A partir de l'ordonnance de 1372, les seigneurs de Donzenac ne cesseront donc pas d'être du parti du roi de France. A la fin du siècle tout d'abord la baronnie est vendue à l'oncle du Roi Charles VI, le duc de berry, qui s'en défait bientôt au profit de Georges de la Trémoille, ministre de Charles VII à la sinistre mémoire puisqu'il fut une brute sanguinaire et l'adversaire de Jeanne d'Arc.

Donzenac fut donné ensuite en dot à Louise de la Trémoille lorsque celle-ci épousa Bertrand VII de la Tour, comte d'Auvergne; en 1444. La baronnie appartient à ce prince lorsque la guerre de cent Ans s'achève en 1453.

A quoi ressemblait Donzenac au XV° siècle ? La ville devait avoir intactes ses fortifications percées de portes dont les noms sont pour certains restés : Le Tilleul ( ou le Teillhol ) ou Paulhac par exemple qui semblent être des noms de familles ayant vécu à Donzenac. d'autres noms ont disparu : la Martinie, Maleguise, Notre Dame, Roche.

Deux quartiers sont spécialement protégés : celui du château qui abrite effectivement ce qu'on peut appeler le château, considérablement transformé depuis le Moyen Age mais dont il subsiste des vestiges intéressants; également le château de la Robertie ou de Monteruc où sera aménagé plus tard l'église des Pénitents, et différentes maisons dotées de tours comme celle du porche de la Place de la Halle ou bien la maison noble de la Philippie dont la tour a été démolie puis reconstruite au XIX° siècle.

Au hasard de vos pas, vous pourrez voir les vestiges de ces demeures, en cherchant bien. Beaucoup de maisons doivent ainsi cacher des trésors sous leur crépis ou dans leurs fondations qui s'appuient sur les remparts.

L'autre quartier fortifié est celui du Puy Sebro ( en latin Podio Superiori, puy supérieure ) où se trouvent une place de la Boucherie et déjà au début du XIV° siècle la rue de Fontenche. On pouvait aussi y voir encore il n'y a pas très longtemps le four banal de Lemperidie.

Entre ces deux quartiers, la vie "urbaine" se déroule sur la place publique ( celle de la Halle ) bordée de maison à colombages dont une remarquable subsiste tandis que les autres ont été reconstruites depuis le XVIII° jusqu'à nos jours.

L'église - et peut-être la maison curiale de l'époque révolutionnaire - occupait l'intervalle. Des sortes de faubourgs sont peut-être déjà construits vers les Combes et le chemin des chèvres.

Dans la campagne se distinguent les petits châteaux des seigneurs de lavaux, d'Espeyrut ( il en reste des vestiges ) ou de Bourjolles. Dans la plaine de grand Roche il y a une maladrerie. le Moulin Neuf porte déjà son nom. Il y a deux hôpitaux, un ancien cimetière à l'Echamel et un couvent à Cevenne.

C'est ce Donzenac qui reçoit la visite de Lousi XI en 1463. le passagge du roi ici et à Brive est relaté en langue Limousine, mais le caractère original de ce récit est paraît-il douteux.

En 1505, règne de Louis XII, l'héritière de Donzenac, Anne de La Tour, épouse un ancien prétendant au trône d'Ecosse, le duc d'Albany, Jean Stuart, petit fils du roi Jacques II, qui entre en possession de la baronnie à la mort de sa femme en 1524.

Le duc d'Albany a une nièce dont il négocie le mariage avec le duc d'Orléans, le futur Henri II. Cette nièce est Catherine de Médicis à qui, conformément à la volonté exprimée par François I°, les biens d'Anne de La Tour reviennent à la mort de Jean Stuart.

Dans une lettre adressée à son capitaine le seigneur d'Esperut, la reine exprime tout l'intérêt qu'elle port à sa bonne ville.

Pourtant dès 1572, l'année de la Saint Bathélémy, Catherine vend Donzenac à Gilbert de Lévis comte de Ventadour, gouverneur du Limousin.

Quelques années après durant la sixième guerre de religion, Donzenac restée papiste est victime d'une expédition menée par un chef protestant nommé Geoffroy de Vivans accouru pour sauver Uzerche fief huguenot menacé par la Ligue. le 9 juillet 1577, la troupe ruine le monastère des Cordeliers et de ce poste avancé s'empare de Brive dont l'église collégiale est saccagée.

Le 20 août 1580, la ville envoie une délégation à l'assemblée des villes closes du Bas-Limousin que le roi a fait réunir pour décider de la répartition des subsides nécessaires aux expéditions contre les protestants.

Des ventadour, il y a peut à dire concernant Donzenac. le petit fils de Gilbert, Henri, s'est distingué, après avoir été vice-roi d'Amérique, en fondant en 1627 la Compagnie du Saint Sacrement,confrérie qui dégènèrera bientôt, deviendra la cabale des dévôts et sera la cible du Tartuffe de Molière.

A Donzenac, en 1671, par autorisation du seigneur est fondée la confrérie des Pénitents Blancs à laquelle Madame d'Escorailles la mère de la marquise de Fontanges maîtresse de Louis XIV, a donné une salle de l'ancien château de la Robertie ( les Escorailles ou Scorailles dont la destinée fut liée au Moyen Age à la baronie de Malemort possèdent à Donzenac le fief de la Philippie ). Louis XIV a fait le père de sa maîtresse marquis de Roussilhe.

A la fin du XVII° siècle un mémoire rédigé pour l'éducation du duc de Bourgogne par l'intendant Bernage indique que Donzenac compte 400 feux et 1400 habitants.

En 1727, Anne Genviève Lévy la dernière des Ventadour meurt. Donzenac et ses autres biens passent à son mari Hercule Meriadec de Rohan prince de Soubise qu'elle avait épousé en 1694. Les derniers seigneurs de Donzenac seront ainsi les Rohan, famille illustre qui prétendait descendre des anciens rois de Bretagne.

Hercule Mériadec est celui qui fit construire à Paris, dans le Marais, l'hôtel particulier somptueux qui abrite aujourd'hui les archives Nationales.

Son petit fils Charles, dit "Soubise" courtisan fameux du roi Louis XV mais piètre militaire fut vaincu à Rossbach pendant la guerre de Sept Ans par Frédéric II de Prusse.

En 1774 il fut cependant le seul membre de la cour à accompagner le cercueil du roi à St Denis.

C'est à la fin du règne de Louis XV qu'à l'initiative de Turgot, alors intendant de la généralité de Limoges, la route royale de paris à Toulouse est reconstruite.

L'ancienne route, après avoir passé le Maumont du Pont de l'Hôpital montait les Combes laissait à gauche la porte du même nom, devait traverser l'ancien cimetière, puis longeait les remparts au tour de ville, et part la Prouvieyral (nom du 'Vacant' où se tenaient les foires) rejoignait Espeyrut.

Le tracé choisi au XVIII° siècle bien plus sinueux, paraissait moins difficile.

Un agronome anglais, Arthur Young, passant à Donzenac le 8 juin 1787 notera sur son journal :

" A la descente de Donzenac, on à également un horizon immense et magnifique. Il faut y joindre le plus beau chemin du monde, parfaitement construit, parfaitement tenu. On n'y voit pas plus de poussière, de sable, de pierre, d'inégalités que dans l'allée d'un jardin; solide, uni, formé de granit broyé, tracé toujours tellement de façon à dominer le paysage, que si l'ingénieur n'avait pas eu d'autre but, il ne l'eût pas fait avec un goût plus accompli."

Entre Donzenac et Brive, Arthur Young aura vu pour la première fois du maïs ou blé de Turquie. Mais il reste qu'à cette époque la culture la plus caractéristique est celle de la vigne, dont les almanachs signalent la qualité des produits. Beaucoup de personnes s'y consacrent, y compris des religieux puisque l'abbaye d'Aubazine a créé une 'gange', un prieuré situé au chassang sur les vignes acquises par le monastère.

Durant la révolution aucun évènement remarquable ne s'est déroulé à Donzenac. la noblesse était presque absente. Les Soubise ne sont jamais venus dans leur petite baronnie et plusieurs des autres fiefs appartiennent à des bourgeois : Loubiac, seigneurs du Ridoulet, Baril, seigneurs de Lavaux, ces derniers alliés aux Parel d'Espeyrut.

Deux choses à noter peut-être: l'installation manu militari du curé révolutionnaire et la destruction des archives de la maison curiale qui nous à privés d'une bonne partie des sources de notre histoire.

Le reste est classique: ventes de biens nationaux dont profite la nouvelle petite bourgeoisie enrichie et dont est victime ici notamment la communauté des frères mineurs (les Cordeliers). Les bâtiments conventuels, partagés en quatre, ne cesseront de se dégrader;: d'abort l'église puis la chapelle. Celle-ci a fini d'être détruite en 1978, alors qu'après la guerre elle présentait des vestiges encore intéressants. De l'église il reste essentiellement un porche du côté de la ville et ici et là quelques colonnettes et fragments d'ogives. les bâtiments d'habitation, eux, sont mieux conservés.

Par ailleurs Donzenac est désigné comme chef-lieu de canton et le juge de paix y vient remplacer le juge seigneurial.

Depuis la révolution quelques tendances: le développement des communications avec l'aménagement des routes, notamment, celle d'Allassac reconstruite en contrebas de la rue de Fontenche et débouchant sur la nouvelle place; l'émigration qui s'accentue après la guerre de 1914 (Donzenac avait plus de 3000 habitants au début du siècle, époque où Brive n'en comptait que 6000); la construction de l'école publique et le recul inexorable du 'patois'.

Enfin après la guerre 1939-45 le développement de la circulation automobile après avoir animé le village aboutit à la construction d'une nouvelle route."